Cette première édition parle de monoparentalité, alors voici de quoi lire, regarder, écouter, pour mieux comprendre ces familles considérées comme hors normes, qui sont pourtant des familles comme les autres.
Bonjour, moi, c’est Amandine.
J’ai 27 ans et moi ce que j’aime, c’est les mots.
Du peu que je me souvienne, j’ai toujours aimé écrire. Il y a 15 ans, j’écrivais un premier livre, un thriller légèrement médiocre, que j’avais écrit uniquement sur papier parce que “j’étais pas très ordinateur”. Il y a 12 ans, j’ouvrais un Skyblog avec la volonté de partager mes maux d’adolescente. Il y a 8 ans, j’écrivais des longues lettres à mon amoureux depuis le Chili, depuis lors devenu mon mari. Bref, vous avez capté le délire.
Bonjour Culture, c’est un hommage à Françoise Sagan, pour son livre devenu désormais culte, Bonjour Tristesse. C’est un livre qui parle des amours adolescentes, qui appartient à ce qu’on appelle “la nouvelle vague”, mais c’est aussi et surtout un livre que j’aime beaucoup et que j’ai conseillé à des amis, parents, connaissances, même sur Tiktok tiens.
Bonjour Culture, c’est une occasion de prendre la parole sur une thématique sociétale, quelle qu’elle soit, pour vous donner des clés pour décrypter cette thématique, que ce soit via un livre, un film, une expo, un podcast, ou n’importe quoi d’autre.
Bonjour Culture, c’est aussi un déclic. Parce qu’il faut toujours que ça fasse “tilt” dans ma tête pour que je me lance à fond dans quelque chose, et ce “tilt”, ça a été simplement le fait que tout naturellement, je parle déjà autour de moi, de ce que je lis, de ce que j’écoute, de ce que je regarde. Ça a été le fait que je débatte avec mon mari le soir d’un film qu’on vient de voir parce que je suis plutôt cinéma d’auteur et qu’il est plutôt ciné américain. Ça a été le fait que je convainc ma mère que oui, c’est important de lire cette BD car elle parle d’un sujet important, celui de la révolte iranienne (mais on y consacrera une édition dédiée).
Ça a été tous ces petits riens qui finalement forment un tout, et font qu’aujourd’hui, j’écris ces mots.
Pour cette newsletter, plutôt que de donner des recommandations en vrac, j’ai choisi de prendre une thématique - une seule par mois - et de vous donner de quoi lire, regarder, écouter pour décrypter cette thématique. Pour la connaître sous tous ses angles, pour en restituer l’essence.
Et pour cette première newsletter, je ne pouvais commencer par un autre thème que celui de la monoparentalité.
Parce que oui, voilà, moi c’est Amandine, j’ai 27 ans, et il y a un truc qui me démarque des autres, qui me fait me sentir à part : je ne connais pas mon père et je n’ai jamais prononcé à voix haute le mot “papa”.
Je connais à demi-mot l’histoire mais là n’est pas la question. La question, c’est plutôt : pourquoi ne parle-t-on pas davantage de ces familles déconstituées, anormales (dans le sens qui sortent de la norme) ? Pourquoi ne parle-t-on pas davantage de ces mamans solos qui peinent à joindre les deux bouts et à se dégager du temps suffisant pour travailler et gagner de quoi payer les courses, mais aussi du temps pour ce petit être qui ne demande que de l’amour ?
J’ai toujours été admirative de ma mère pour tout ça, et cette première newsletter, elle est clairement pour elle.
Alors, voilà de quoi lire, regarder et écouter si vous voulez creuser le sujet des monoparentalités.
S’il y a une chose qui n’est pas évidente en tant qu’enfant issu(e) de famille monoparentale, c’est de comprendre pourquoi. Pourquoi est-ce que je sors de la norme ? Pourquoi est-ce que ma famille n’est pas comme les autres ? Pourquoi mes copines ont-elles toutes un papa et moi, pas ?
Ces questions, je me les suis posées, et surtout, on me les a posées en cour de récré. Ça part d’une bonne intention, celle de comprendre, ce sont simplement les questionnements de gamins qui n’avaient pas connaissance de ce schéma familial pas comme les autres.
Alors s’il y a bien une chose que je trouve importante dans la monoparentalité, c’est d’en parler. Les familles monoparentales sont aujourd’hui précarisées et invisibilisées. Pourtant, les parents solos sont des héros au quotidien.
Et pour cela, j’ai une lecture à vous conseiller (et c’est un livre pour enfants) : Je suis né de l’amour de ma maman.
À première vue, c’est un livre pour enfants comme les autres, sauf qu’il parle d’un sujet que les enfants connaissent mal et qui est pourtant de plus en plus actuel. D’après l’INSEE, en 2020, sur les 8 millions de familles avec enfants de moins de 18 ans, 1 famille sur 4 est monoparentale. En 1990, on n’en décomptait que 12%.
Il est donc de plus en plus urgent de parler de ce sujet, trop invisibilisé par la presse aujourd’hui.
Je suis né de l’amour d’une maman, c’est l’histoire d’une tendresse et d’amour.
C’est l’histoire d’une mère seule qui veut créer une famille.
C’est un support pour expliquer aux enfants ce qu’est une famille monoparentale, mais c’est aussi un guide pour les parents solos, pour les amis, pour les éducateurs, afin que tous ensemble, nous puissions normaliser ces familles, qui sont finalement comme les autres.
Et pour ceux qui veulent creuser le sujet, je vous recommande également cet excellent numéro de Libération qui parlent de la précarité des parents solos (qui sont des mères dans 82% des cas).
Pour le film, j’ai choisi de vous parler de l’un de mes films préférés : Mommy, de Xavier Dolan.
J’ai vu ce film au cinéma à sa sortie, en 2014. J’avais 18 ans. Et ça a été un électrochoc.
Mommy, c’est un film québécois qui se place au Canada dans un futur proche, où après les élections fédérales de 2015, une nouvelle loi, la loi S-14, autorise les enfants très difficiles à confier ceux-ci à une institution d’Etat de type hôpital psychiatrique.
C’est dans ce contexte que se place ce film où on va suivre Diana Després, dit “Die”, une veuve d’une cinquantaine d’années qui va récupérer son fils Steve, qui souffre de graves troubles psychologiques. En fait, Steve, il vient d’être renvoyé du centre dans lequel il était placé pour “comportement dangereux”. Sous le coup de la colère, il a mis le feu à la résidence, blessant gravement l’un des résidents.
Alors, vous me direz, c’est un drame social comme les autres. Sauf que non.
Mommy, c’est un mère qui galère à joindre les deux bouts mais qui tente le tout pour le tout pour renouer avec son fils, et tenter de le comprendre.
Mommy, c’est aussi l’histoire d’une mère qui a peur - peur de son fils, mais qui l’aime aussi plus que tout, et la frontière entre les deux est si ténue qu’il est difficile de trouver le juste équilibre.
Mommy, c’est l’histoire de deux êtres qui s’aiment mais qui souffrent, chacun à leur manière, avec chacun leur manière de l’exprimer.
En quelques points, pourquoi vous devez absolument regarder ce film si c’est toujours pas fait :
Pour comprendre la précarisation des familles monoparentales : rappelons à ce sujet que plus de 4 parents isolés sur 10 font partie des 20% des ménages aux revenus les plus bas ;
Pour comprendre les troubles psychiques chez l’enfant et l’adolescent, et cet éventail est large : dans troubles psychiques, on entend la dépression, les troubles du comportement alimentaire (TCA), l’autisme ou encore la schizophrénie. Dans le cas de Steve, il est atteint d’un TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) impulsif et violent.
Pour la photographie du film, qui est absolument incroyable, et pour la fin aussi.
C’est très beau et c’est dispo gratuitement sur France.TV, alors vous n’avez aucune excuse.
👉 Regarder Mommy, de Xavier Dolan
Comment gère-t-on le quotidien en tant que parent solo ? Comment concilier vie pro et vie perso ? Comment faire face à toutes ces responsabilités parentales ? Comment avoir du temps pour ses enfants tout en gagnant sa vie ? Et comment conserver une vie sociale dans tout ça ?
Voilà toutes les questions qu’aborde cet épisode, signé France Inter, que je ne saurais que trop vous recommander.
Vous y retrouverez des témoignages de parents solos, mais aussi des experts, dont des psychothérapeutes et des avocats, qui tentent de décrypter la monoparentalité et ses conséquences.
Ce que je retiens de cet épisode en quelques mots :
Les parents solos se mettent en général une pression énorme car ils veulent que leurs enfants se sentent bien, malgré cette situation anormale, ce qui peut conduire à un burn-out parental ;
Les parents solos sont plus touchés par la précarité. Et ce pour deux raisons principales : numero uno, il n’y a qu’un salaire et donc, même si les maths c’est pas mon fort, il faut pas être Will Hunting pour capter que c’est plus difficile de joindre les deux bouts. Secundo, il faut souvent trouver un travail plus flexible pour donner du temps à ses enfants, par exemple en étant freelance, et c’est aussi un statut plus précaire que celui de salarié.
Les parents solos s’oublient souvent. Le quotidien est drivé par les enfants, le travail et arriver à tout caler dans des journées parfois trop courtes. Pourtant, il est aussi important de s’accorder du temps rien qu’à soi, et souvent, les parents solos culpabilisent pour cela, parce que leurs enfants, c’est tout ce qu’ils ont in fine.
👉 Ecouter Bien vivre la monoparentalité, épisode de Vie quotidienne mode d’emploi (France Inter)
C’était la première édition de Bonjour Culture, j’espère qu’elle vous a plu. Si vous avez des retours, n’hésitez pas à m’écrire à : amaandine.peyre@gmail.com (oui, avec deux “a”, l’autre n’était pas dispo).
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