Doit-on continuer à regarder la téléréalité ?

Bon, commençons par le commencement : j'ai été biberonnée à la téléréalité. J'en regarde depuis l'âge de 11 ans. Parfois amusée, parfois honteuse. Mais, que dit notre fascination pour ces télécrochets de notre société ? Voici de quoi lire, écouter, regarder pour tout comprendre sur les enjeux de la téléréalité.

Bonjour Culture
4 min ⋅ 12/07/2025

J’ai une confession à vous faire : j’adore regarder la téléréalité.

Quand j’étais plus jeune, j’étais complètement happée par ces inconnus enfermés dans une maison pendant plusieurs semaines, privés de leur téléphone et en quête de notoriété. J’ai fait ensuite une grosse pause, parce que les émissions ont changé, parce que j’ai grandi aussi, probablement.

Mais depuis quelques années, les émissions phares que je regardais au moment du goûter ont refait surface. On parle de reboot. Certains ont voulu changer la recette, d’autres ont préféré capitaliser sur la nostalgie de ma génération (et d’ailleurs, c’était le pari gagnant). D’autres, encore, ont inventé de toutes pièces de nouvelles émissions, plus axées sur le jeu et le challenge.

Les Cinquante, L’Île de la tentation, Mariés au premier regard, La Villa des Cœurs Brisés, Secret Story… Si vous avez déjà regardé l’une de ces émissions en vous demandant pourquoi et comment des jeunes d’une vingtaine d’années à peine sont prêts à tout pour passer à la télé et devenir célèbres, alors vous êtes au bon endroit.

Voici de quoi lire, écouter, regarder, pour tout comprendre aux rouages de la téléréalité.

📚 Lire - Vivre pour les caméras

Qu’est-ce qui fait qu’on est choisi pour intégrer une téléréalité ? Quels sont les critères des sociétés de production ? Et comment se fait-il qu’au fur et à mesure du temps, des caractéristiques physiques soient devenues la norme des candidats de téléréalité ? Décolorations, injections de botox aux lèvres, poitrine refaite, facettes sur les dents… La chirurgie esthétique est devenue une case obligatoire pour les candidats de ces émissions qu’on adore mépriser et regarder tout à la fois.

Mais au-delà de cette normalisation du physique parfait, il y a autre chose, de plus insidieux, dans les castings de téléréalité : la recherche du désespoir dans les candidats. Ceux qui participent à ces émissions filmées quasi 24h/24 et 7j/7 sont souvent atteints de syndrome post-traumatique. Ils ont subi des viols, des agressions sexuelles et/ou ont un contexte familial compliqué. Ils sont généralement issus de la classe modeste, voire populaire et ont soif de célébrité.

En clair : ils sont prêts à tout pour devenir la nouvelle Nabilla.

Constance Vilanova, journaliste, s’est plongée dans les rouages des castings des candidats de téléréalité. Entre obsession pour la chirurgie esthétique, culte de l’individu et romantisation des violences sexistes et sexuelles, que dit ces émissions de notre société biberonnée aux scandales et à la banalisation du harcèlement ?

Et quel impact ces émissions basées sur le physique ont-elles eu comme impact sur Constance, en tant que femme ?

Ces questions, elle y répond dans une merveilleuse enquête où elle s’interroge sur sa consommation des émissions de téléréalité, sur les figures mythiques qui ont marqué la téléréalité à tout jamais et sur les pratiques, parfois vicieuses, des sociétés de production.

👉 Lire Vivre pour les caméras, de Constance Vilanova

🎥 Regarder - Diamant Brut

Parfois, la notoriété est plus qu’une envie. Ça devient une nécessité. On veut devenir le main character, être connu, apprécié, aimé. Parce que souvent, la vie n’a pas été facile, parce qu’on a manqué d’attention, parce qu’on veut fuir sa ville natale, oublier nos problèmes. C’est aussi tout simplement parce qu’on veut devenir riche, aspirer à une vie meilleure, gâter ses parents, ses frères et sœurs, et ne plus avoir à penser à demain.

Tout ça, c’est ce que raconte le film Diamant Brut, qui m’a foutue une vraie claque.

On y suit Liane, 19 ans, qui vit avec sa mère et sa petite sœur près de Fréjus. Pour elles, la vie n’a pas été simple. D’abord placées en foyer, les deux petites ont ensuite retrouvé leur maman et peinent maintenant chaque jour à joindre les deux bouts.

Ce que j’ai aimé dans ce film, c’est déjà qu’à ma connaissance, c’est le premier film qui parle aussi ouvertement de téléréalité. Pourtant, tous les gens de ma génération ont grandi avec Loft Story, la descente aux Enfers de Loana et l’icône qu’est devenue Nabilla.

Mais personne n’avait encore osé faire ce pari.

C’est finalement Agathe Riedinger qui l’a relevé avec ce film, un petit bijou, qui brille notamment grâce à Malou Khebizi (Liane dans le film).

Ensuite, tout tourne autour du corps. Comme je vous le disais, il y a beaucoup mais alors beaucoup de normalisation de la chirurgie esthétique dans la téléréalité. Et ce film parle de ça aussi : comment est-ce qu’on se crée soi-même avec la chirurgie ? Comment parvient-on à aimer son corps, et surtout, à se faire aimer ?

Entre autodestruction et rêve de notoriété, Agathe Riedinger signe un film atypique, qu’on n’a pas l’habitude de voir, qui alterne entre empathie et critique de ce secteur. Et c’est tout simplement bluffant.

👉 Regarder Diamant Brut, d’Agathe Riedinger (disponible sur MyCanal)

🎧 Écouter - On s’retrouve à l’extérieur

La téléréalité, ça existe depuis 20 ans. Et pourtant, ça divise toujours autant.

“Je regarde pas, tu rêves, c’est pour les débiles ça !”

"Je regarde, mais juste pour poser le cerveau”

Quand je demande autour de moi, personne ne regarde la téléréalité. Pourtant, j’ai un compte Tiktok sur lequel j’analyse la téléréalité et étonnamment, parmi les autres vidéos plus “culturelles” que je peux produire, les vidéos sur la téléréalité sont celles qui fonctionnent le plus, et de loin.

Alors, existe-t-il un tabou à regarder de la téléréalité ? Comment les candidats sont-ils choisis ? Sont-ils prêts à affronter une telle notoriété après leur sortie de l’émission ? Et pourquoi est-ce qu’on aime en regarder, nous, au fait ?

Ces questions, Camille Chabredier, Angèle Saleille et Julie Castagnet s’y sont penchées et ont choisi d’y répondre à travers 7 épisodes dans On s’retrouve à l’extérieur.

De l’organisation de casting aux dérives sur la vie privée des candidats, vous comprendrez absolument tout sur le phénomène de la téléréalité après avoir écouté cette série. À découvrir de toute urgence.

👉 Écouter On s’retrouve à l’extérieur, disponible gratuitement sur Slate

C’était la huitième édition de Bonjour Culture, j’espère qu’elle vous a plu. Si vous avez des retours, n’hésitez pas à m’écrire à : amaandine.peyre@gmail.com (oui, avec deux “a”, l’autre n’était pas dispo).

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Bonjour Culture

Par Amandine Peyre

Amoureuse des livres depuis que ma grand-mère m’a appris à déchiffrer les lettres.

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