Trop riche pour les miens, trop pauvre pour les autres

Je suis la seule de ma famille à avoir fait des études supérieures. Sur le papier, ça devrait être une fierté (et ça l'est). Sauf qu'il y a un revers de la médaille : réussir, c'est trahir aussi un peu d'où l'on vient. Alors pourquoi ? Et comment s'en défaire ? Voici de quoi lire, écouter, regarder pour tout comprendre aux transfuges de classe.

Bonjour Culture
4 min ⋅ 05/12/2025

Il y a cette photo de moi, à 22 ans, le jour de la remise des diplômes à l’EM Lyon. Ma mère l’a affichée fièrement dans son bureau où elle aide tous les jours des jeunes en difficulté à être placés dans des foyers d’accueil. Et même si ça fait déjà un bail, elle en parle dès qu’elle le peut à tous ses collègues. Ce qu’elle ne dit pas, c’est le prix qu’on a toutes les deux payé pour ça.

40 000€ de prêt étudiant sur 9 ans.

5 ans de galères à trouver des appartements à Lyon, à Paris, à Barcelone et même au Chili.

Et 300€ de bourse par mois pour essayer de joindre les deux bouts.

Depuis, j’ai réussi. Mariée, un bel appartement joliment décoré, avec une bibliothèque remplie de Pléiades et d’éditions d’art, un bon job et surtout, l’argent. J’ai même atteint le Graal pour ma famille : monter à la capitale, comme on dit. Pour eux, Paris, ça signifie réussir, prendre ce fameux ascenseur social dont on nous vante tous les mérites, mais qui ne semble pas s’arrêter à tous les étages. Il semblerait que la chance m’ait souri et que je l'aie pris, moi, cet ascenseur.

Ce phénomène porte un nom : être transfuge de classe.

En gros, moi, je le comprends comme ça : tu as quitté ta classe sociale d’origine, avec un capital économique et culturel relativement faible, et tu as gravi les échelons, tu t’es élevée socialement. S’élever, ça passe par le fait de gagner plus d’argent, bien sûr, mais aussi par le fait d’être cultivé(e), de mettre de côté, de partir en vacances, de sortir au cinéma, au théâtre, au musée, etc.

Mais personne ne vous prévient que devenir transfuge de classe, c'est accepter de vivre écartelé.

J’ai très vite appris à naviguer entre deux langages : celui de ma famille, à compter les sous, faire des enveloppes en début de mois par poste budgétaire et se refuser des petits plaisirs ; et celui de mes amis, quasi tous propriétaires, aidés par leurs parents pour constituer leur apport immobilier.

Quand on est transfuge de classe, il y a une question qui revient sans cesse : à quelle classe appartient-on ? Plus dans sa classe d’origine, mais pas vraiment à l’aise dans sa nouvelle classe non plus.

Alors on est où ?

Voici de quoi lire, écouter, regarder, pour savoir peut-être un peu mieux où vous vous situez et surtout tout comprendre aux transfuges de classe.

...

Bonjour Culture

Par Amandine Peyre

Amoureuse des livres depuis que ma grand-mère m’a appris à déchiffrer les lettres.

Les derniers articles publiés